Adaptation d’un Mac (OS X 10.8) : changement de résolution et autres joyeusetés

Récemment, j’ai du adapter un Mac aux besoins de Camille. N’y voyez aucun dogmatisme, il s’agissait du Mac Mini familial qui était à disposition à la maison et qui permet à Camille de surfer sur Internet lors de ses permissions en dehors du centre. En réalité, je me suis même aperçu que les options d’accessibilité d’OS X (ici en version 10.8 Mountain Lion) étaient loin d’être suffisantes…

Un peu de bidouille s’est révélée nécessaire. Je partage ici le fruit de mon travail au cas où cela puisse servir à quelqu’un.

Les besoins

Il s’agissait, concrètement, d’adapter l’affichage du Mac Mini à la vision, encore trouble, de Camille. En clair : renforcer le contraste, agrandir l’ensemble des éléments à l’écran, etc. sans passer par l’outil Loupe, plus adapté aux déficiences visuelles légères, mais inutilisable au quotidien (en particulier sur le web où il forcera à d’incessants va-et-vient avec la souris de gauche à droite pour la lecture de textes).

Contrainte supplémentaire : comme il s’agit d’un ordinateur familial, il convient de prévoir l’utilisation de sessions utilisateur à l’affichage normal pour les autres membres de la famille. La transition d’une session à une autre doit être simple, les autres utilisateurs n’étant pas particulièrement férus d’informatique.

La démarche

En l’absence d’option sous OS X permettant de configurer la taille d’affichage des éléments indépendamment de la résolution (contrairement à Windows, par exemple), j’opte pour la solution la plus rudimentaire, mais qui remplira pleinement son office : l’utilisation d’une basse résolution sur l’écran.

J’opte pour une résolution de 1024*576 pour Camille, contre le 1680*1050 natif de l’écran LCD (qui sera utilisé sur les autres sessions).

Premier problème : OS X ne permet pas de configurer une résolution différente pour chaque compte utilisateur, ce qui aurait nettement simplifié la tâche. Je décide donc de passer en phase bidouille et de lancer le changement de résolution à la main, par un petit script qu’il me suffirait d’appeler à chaque lancement de session…

Après quelques recherches sur le net je constate qu’OS X ne dispose d’aucune option en ligne de commande pour changer de résolution. Apple ayant décidé de me compliquer la tâche, il a supprimé de son système la commande correspondante cscreen il y a de cela quelques versions d’OS X. Pourquoi ? Allez savoir.

Après des essais infructueux avec plusieurs utilitaires trouvés sur le net, je tombe finalement sur un projet de réimplémentation de cscreen, tel qu’il fonctionnait avant d’être supprimé par Apple. Coup de bol, c’est disponible en version Intel et ça s’installe en deux clics avec un dmg tout bête. Bénissons les développeurs.

Prochaine étape : créer le script de changement de résolution. Et pour une fois, Apple nous aide ! L’outil Automator, intégré à OS X, permet de créer soi-même un fichier application. La procédure est bête comme chou :

  • on lance Automator et on choisit de créer une nouvelle application.
  • on choisit l’action de cette nouvelle application : exécuter un script Shell
  • on y tape la ligne de commande pour passer en 1024*576 :
    /usr/local/share/cscreen -x 1024 -y 576
  • on enregistre le tout dans le dossier /Applications du système. On répète l’opération en changeant la ligne de commande, cette fois-ci pour passer en 1680*1050, et on enregistre sous un nom de fichier différent.
  • Dans mon exemple je termine donc avec deux fichiers d’application : reso01 pour passer en 1024*576 et reso02 pour passer en 1680*1050. (Les noms importent peu.)

Une fois que c’est fait, il ne reste plus qu’à aller dans les paramètres système, section Utilisateurs et groupes. Pour chaque utilisateur, sous l’onglet Ouverture, on ajoute (avec le bouton +) l’application qui se lancera au démarrage de la session : reso01 pour Camille, reso02 pour tous les autres utilisateurs.

Par un heureux miracle, lors d’un basculement de session à la volée, OS X mémorise et restaure la résolution de chacune ; par conséquent, si on retourne sur une session qui était déjà ouverte en tâche de fond, le script ne se relance pas, mais ce n’est pas nécessaire ! Il ne subsiste qu’un bug d’OS X sur l’affichage du fond d’écran, qui se décale parfois ; mais ce n’est pas bien grave et, dans le pire des cas, on peut résoudre le souci en choisissant un fond d’écran de couleur uni ou en mosaïque.

On n’a plus qu’à peaufiner les détails. Dans notre exemple, on configurera la session de Camille pour être lancée par défaut à l’ouverture du système, sans mot de passe. Tout cela se fait dans les paramètres système, section Utilisateurs et groupes, via le choix Options en bas de la liste d’utilisateurs.

Capture d’écran 2013-08-18 à 10.19.36

Les autres utilisateurs savent qu’ils peuvent accéder à leur session via l’icône Utilisateur tout en haut à droite de l’écran.

Enfin, on paramètre plus finement l’affichage de la session de Camille, avec son aide, dans la section Accessibilité des paramètres système. On a opté pour un curseur bien plus gros, ainsi qu’un léger renforcement du contraste. Enfin, on utilise l’affichage en noir et blanc, Camille manifestant de la difficulté à lire certains textes sur le web (typiquement les liens colorés en bleu, souvent un peu trop clairs).

On ne touche pour le moment pas au VoiceOver, mais on l’essayera peut-être plus tard. Enfin, on ne configure pas trop les options d’entrée : elle se sert plutôt bien de la souris (d’ailleurs, la Magic Mouse d’Apple est très pratique, indique-t-elle), et demande pour le moment de l’aide pour taper du texte au clavier.

Ce qu’Apple aurait pu faire

Cette expérience nous montre qu’OS X est particulièrement peu adapté à ce genre de demande qui, pourtant, doit être courante (je connais nombre de personnes âgées qui, sans présenter de déficience visuelle excessive, arrivent tout de même mieux à se servir de leur ordinateur avec une résolution moindre ; ce serait une excellente idée de permettre un réglage session par session !).

Quitte à ne pas proposer un tel réglage, au moins, Apple pourrait avoir le bon sens de ne pas supprimer des utilitaires en ligne de commande tels que cscreen ! C’est typiquement le genre de chose que l’on ne découvre que le jour où on en a besoin.

Dans les options d’accessibilité, la possibilité d’afficher en noir & blanc est très utile, mais elle pourrait être affinée : on pourrait par exemple choisir de ne l’appliquer qu’aux textes, car cela ne sert à rien sur les vidéos, c’est même contre-productif. Pas forcément aussi simple à implémenter pour Apple, mais utile pour l’utilisateur, pour sûr.

Enfin, on sait qu’OS X est pensé pour fonctionner de manière totalement indépendante de la résolution. Ce genre d’implémentation permet, par exemple, aux Mac récents de fonctionner avec des écrans Retina. Ce qui est important à retenir, c’est qu’Apple pourrait très simplement proposer une option permettant d’agrandir les éléments à l’écran, indépendamment de leur résolution ! À partir de là, il est totalement frustrant qu’ils ne le fassent pas, car ce serait pour le coup une option d’accessibilité particulièrement utile.

Finalement, OS X est sans doute le moins accessible des trois systèmes d’exploitation de salon majeurs, face à Windows et Linux. Un petit coup de gueule contre Apple qui a prouvé qu’il pouvait pourtant faire beaucoup mieux avec iOS, dont on me souffle qu’il est plutôt adapté à l’utilisation même pour les aveugles, par exemple.


Un an après : les raisons d’un long silence

Après avoir lâché la plume pendant une (bien trop) longue période, je reviens pour m’expliquer. Sur ce silence, et sur la situation actuelle. C’est un minimum auprès des lecteurs.

Tout d’abord, Camille va bien. Sa rééducation se poursuit, lentement ; elle est toujours hébergée à plein temps dans un centre spécialisé où elle poursuit ses séances quotidiennes de kiné avec l’espoir de pouvoir remarcher un jour.

Si le blog n’a guère été mis à jour, c’est pour deux raisons principales.

Première raison : une évolution favorable

L’évolution de Camille lui a permis de ne pas devoir reposer sur les outils informatiques pour pouvoir s’exprimer. Ses progrès en orthophonie lui permettent de se faire comprendre très convenablement, et le retour progressif de l’usage de ses membres lui permet désormais de changer elle-même la canule de sa trachéotomie. En clair, elle dispose désormais de l’autonomie nécessaire pour passer d’une canule pour les repas, à sa canule parlante le reste du temps.

Par ailleurs, sa vision s’est nettement améliorée. Principale difficulté : un problème neurophtalmologique entraînant des spasmes de la vision, rendant difficile toute tentative de lecture, par exemple. Sur ce point, il semblerait que le temps, et la pratique, soient les seuls à même de résorber le problème. À force de persévérance, après être passée par des livres pour enfants contenant très peu de lignes de texte, Camille est désormais capable de lire, lentement, des romans imprimés en gros caractères.

En bref, le besoin immédiat et impérieux de l’outil informatique a disparu. La problématique subsiste toujours, mais elle est désormais confinée à un usage occasionnel des ordinateurs : communication à distance (mails, réseaux sociaux), ou même jeux.

Seconde raison : un contexte médical décourageant

C’était la raison qui m’avait poussée à ouvrir ce blog, elle s’est confirmée jour après jour… et a fini par me décourager totalement.

L’approche à l’outil informatique est négligée par l’ensemble des services médicaux rencontrés sur le parcours de Camille. Dans le meilleur des cas, cette problématique sera purement et simplement balayée d’un haussement d’épaules, comme si cela n’avait pas la moindre importance… dans le pire des cas, on balade les patients de réponses contradictoires en propositions stupides et inadaptées.

En introduction à l’ouverture de ce blog, je vous avais déjà parlé des solutions antédiluviennes suggérées par les ergothérapeutes et les divers spécialistes du secteur : des Tablet PC vendus cinq fois leur prix normal par des sociétés spécialisées, lents et inadaptés, faisant tourner des solutions logicielles obsolètes sous Windows 98 (!). Il semblerait d’ailleurs que les ergothérapeutes ne disposent que d’une formation très réduite à l’outil informatique, et que celle-ci ne soit jamais remise au goût du jour. On s’entend donc expliquer que, finalement, en tant qu’handicapé, il vaudrait mieux se passer d’ordinateur. Oui, vous avez bien entendu, ce genre de réflexion émane du corps médical.

En parallèle, au fil des versions, les systèmes d’exploitation majeurs semblent rivaliser d’astuce pour être de moins en moins accessibles : disparition d’options d’accessibilité utiles, ergonomie pensée pour la majorité quitte à exclure le reste des utilisateurs (je pense à Windows 8)…

Cette fièvre je-m’en-foutiste atteint même le web, qui était jusque là un des lieux où l’accessibilité était la plus respectée, ou du moins la plus "potentiellement respectable" pour peu qu’on s’en donne les moyens. Bien que je n’aie pas de statistiques sous la main pour appuyer mes dires, j’ai le sentiment très net que le nombre de grands sites accessibles s’étiole, jour après jour. Un peu comme si l’accessibilité était devenue une problématique ringarde, inintéressante…

Si ces critiques s’adressent tout droit à Microsoft, Apple et autres Google, je ne peux m’empêcher de souligner qu’il en est hélas de même du côté des solutions open source. À la recherche d’alternatives libres aux logiciels de communication datés et aux licences coûteuses, il a fallu que je me résigne : cela ne semble intéresser personne non plus. Bien entendu, on m’a rétorqué que je n’ai qu’à le faire moi-même, comme c’est de coutume dans le monde de l’open source ; et je ne cite là que les réponses les plus courtoises de quelques "communautés"… il semblerait bien que, aussi libres qu’ils soient, les développeurs du libre ne cherchent, eux aussi, à plaire qu’au plus grand nombre. Amère conclusion.

Il en résulte un découragement de tous les instants, entre des intérêts économiques indiscutables (le marché du hardware informatique pour handicapés se partageant entre une poignée de redistributeurs) et un manque d’intérêt du grand public (les développeurs ne cherchant pas, ou n’arrivant pas, à cerner quel usage de l’informatique pourrait avoir un déficient visuel, ou moteur…).

Je pensais faire bouger les choses avec ce blog, sans doute naïvement. À défaut de mieux, il faudra continuer à éveiller les consciences… et si d’aventure, des développeurs ou des industriels se sentent réellement concernés par ce problème, qu’ils n’hésitent pas à me contacter. Prouvez-moi que j’ai tort, je ne demande que ça !

L’avenir de ce blog

Je continuerai à utiliser ce blog occasionnellement. Principalement pour partager des petites idées ponctuelles sur l’usage de l’informatique et l’accessibilité. Des petits tutos réalisés au jour-le-jour lorsqu’un problème se présentera, afin de partager un savoir ou une astuces…

Camille m’a informée qu’elle souhaite également lancer, prochainement, son propre blog — avec mon aide — dans lequel elle racontera son expérience depuis son AVC initial. Bien entendu, lorsqu’il sera lancé, je ne manquerai pas de vous en communiquer le lien !


Premiers pas : l’accessibilité côté OS

Lorsqu’a été évoquée pour la première fois pour Camille la possibilité d’utiliser un ordinateur, il y a de cela quelques mois, mon premier réflexe a été de voir ce qu’il était possible de faire avec du matériel informatique "de tous les jours", pas spécialement adapté d’un point de vue hardware.

Par chance, je dispose de beaucoup de matériel, ce qui m’a permis de commencer à faire des tests sur un PC portable qui me servait peu (un DELL récent de 15" au format 16/10).

Sous Windows 7, l’OS déjà installé sur le PC, les options d’accessibilité sont relativement fournies. Une section entière, consacrée à l’ergonomie, est disponible via le Panneau de configuration ; pour ceux qui ne sauraient pas où chercher, Microsoft a également implémenté un assistant, pouvant proposer les options recommandées suite à un petit questionnaire sur le type de handicap de l’utilisateur. On notera l’exhaustivité de celui-ci, qui prend même en compte des handicaps souvent ignorés comme le déficit de mémoire ou les pertes de concentration. Les suggestions affichées à la fin sont dans l’ensemble pertinentes même s’il faudra probablement les affiner avec quelques réglages manuels par la suite. Un bon point pour Microsoft.

Questions d'accessibilité sous Windows 7

Questions d’accessibilité sous Windows 7

Sur le plan visuel, il est possible de passer, en quelques clics, à un thème à fort contraste, avec un curseur de souris plus gros et inversé. D’autres réglages plus subtils sont également disponibles : réglage de la transparence, ou des bordures des fenêtres. Du très classique, mais tout de même efficace.

On abordera un aspect plus délicat avec la taille de l’affichage des éléments : Windows permet de régler la taille des icônes sur le bureau et propose aussi le choix de la taille du texte à l’échelle de l’OS (en ppp). On peut le personnaliser ; ici, je l’ai monté jusqu’à 200%, ce qui permet à Camille de bien voir ce qui est affiché à l’écran. Problème ? La plupart des logiciels ignorent purement et simplement ce réglage, le rendant inutile dès lors que l’on sort du panneau de configuration et de l’explorateur de fichiers…

L'affichage du bureau Windows avec un réglage à 200%

L’affichage du bureau Windows avec un réglage à 200%

Baisser la résolution de l’écran pourrait être une autre solution, à défaut de mieux… même si, sur ce PC portable, les plus basses résolutions sont au format 4/3 et provoquent donc l’affichage de deux bandes noires sur les côtés de l’écran, soit autant de précieuse surface affichable bêtement perdue. Ajoutons à cela que les éléments sont désormais "flous", ce qui n’aide pas à la lisibilité des textes. Je reste perplexe et laisse cette problématique en suspens, en attendant les conseils de l’ergonome du centre de rééducation.

Malgré tout, si la vision de Camille l’empêche de se concentrer sur les textes, elle lui permet toujours de voir les gros éléments, de repérer les grandes icônes, voire même de pouvoir suivre un film ; on ne s’orientera donc pas vers les solutions "sans écran" proposées pour les non-voyants. En revanche, les aides vocales en complément peuvent s’avérer intéressantes ; on y reviendra plus tard.

Sur le plan moteur, il est possible d’activer une multitude d’options, permettant par exemple de filtrer la frappe multiple involontaire sur le clavier. Pour Camille, ces choix s’avéreront tout de même insuffisants, la faute à un clavier de taille standard dont les touches sont trop resserrées, où il lui sera impossible de frapper où elle le désire. En revanche, on notera qu’avec un peu de concentration, elle parvient à très bien se servir d’une souris externe de taille normale, branchée en USB sur le PC portable, pour peu que les éléments à cliquer soient de taille suffisante ou qu’elle dispose d’un retour vocal. Le clavier visuel Windows, fourni par défaut, ne répondra pas à ces critères…

Suite à ces tests mitigés, je commence à regarder de mon côté comment cela se passe sur les autres OS. Utilisateur de Mac au quotidien, je jette un coup d’œil aux options d’accessibilité de l’OS d’Apple (dans sa version la plus récente, OS X Mountain Lion). Elles sont globalement assez fournies, mais clairement pas autant que chez Microsoft.

Côté visuel, il est possible d’obtenir un affichage à plus ou moins fort contraste, inversé ou non, sans couleurs si on le souhaite, ainsi que la taille du curseur ; tout est paramétrable finement, un petit plus par rapport à Windows donc. Ici, on peut ajuster l’affichage précisément aux difficultés visuelles de l’utilisateur.

Panneau d'accessibilité visuelle sous OS X Mountain Lion

Panneau d’accessibilité visuelle sous OS X Mountain Lion

Côté moteur, les options sont globalement identiques à Windows, et on retrouvera la possibilité d’activer les touches à auto-maintien (des touches comme Ctrl, Cmd, Maj, n’ont pas besoin de rester enfoncées pour être utilisées), ou les touches lentes (annulant les frappes multiples ou les appuis prolongés involontaires sur une touche).

Le VoiceOver (permettant de disposer d’un retour vocal sur les éléments sélectionnés) semble toutefois un peu plus évolué que sous Windows ; encore une fois, on y reviendra.

Une option manque cruellement à l’appel : la possibilité de grossir tous les textes, à l’échelle de l’OS, comme on a pu le faire sous Windows 7. C’est d’autant plus rageant que, contrairement à Windows, OS X est conçu de telle sorte qu’il est resolution-independant. Proposer un affichage grossi des éléments et du texte serait donc techniquement très simple à faire… si toutefois Apple en offrait la possibilité !

Sous Windows comme sous OS X, reste la possibilité d’utiliser la loupe (également présente sous forme de zoom global sous OS X). Cette solution semble la plus raisonnable mais rend la lecture du texte impossible dans le cas de Camille ; se concentrer sur les lignes de texte alors qu’il faut effectuer des va-et-vient incessants de gauche à droite est impossible. Ce problème ne serait pas présent si le texte était simplement ajusté en gros sur l’écran. Plus simple à implémenter, la loupe est utile pour les déficients visuels légers, mais guère au delà, et témoigne d’une certaine flemme de la part de Microsoft et d’Apple. Les deux éditeurs d’OS semblent avoir renoncé à convaincre les éditeurs de logiciels de respecter les paramètres d’affichage par défaut. Triste.

Capacités de zoom et de loupe sous OS X Mountain Lion

Capacités de zoom et de loupe sous OS X Mountain Lion

Après ces essais, il apparaît de toute façon clair qu’il ne suffira pas de paramétrer correctement l’OS pour aider Camille. Deux problèmes importants subsistent : l’entrée périphérique (la souris est OK mais le clavier nécessite une adaptation matérielle ou une substitution) et la vue (les logiciels du quotidien ne s’adaptant guère à un affichage grossi). On commencera alors à parler de tablettes tactiles, qui peuvent, conjointement à des logiciels adaptés, s’avérer intéressantes. Je prévois également de regarder si l’herbe est plus verte du côté du logiciel libre, et si des solutions à base de distributions Linux ne pourraient pas aider.

À suivre…


Introduction

"Si on peut", jour 1. Comment et pourquoi j’ai démarré ce blog.

Fauteuil roulant électrique

En janvier 2011, un proche membre de ma famille a été victime d’un AVC soudain ayant entraîné un court coma (moins de 24 heures) et d’importantes complications à plusieurs niveaux. Sans rentrer dans les détails, après une longue hospitalisation, elle est actuellement pensionnaire dans un centre de rééducation et de réadaptation. On l’appellera ici Camille. Tous les noms seront d’ailleurs changés sur ce blog, dans un souci de confidentialité.

Atteinte de tétraparésie, Camille ne peut (pour le moment) se déplacer qu’en fauteuil roulant électrique et dispose d’un contrôle encore assez limité de ses membres, particulièrement du côté gauche (la rééducation suit son cours avec succès à l’heure actuelle).

Sa vision est rendue difficile par des troubles neurologiques l’empêchant d’effectuer un bon suivi des lignes, et donc de lire des textes (à moins que ceux-ci soient affichés en très gros). Grande lectrice avant son accident, elle compte désormais sur les livres audio en CD pour compenser ce manque.

Enfin, la communication est également difficile : suite à des complications respiratoires et digestives, Camille dispose d’une trachéotomie qui l’empêche de parler en temps habituel. Pour pouvoir s’exprimer, on doit lui mettre une canule parlante. Elle ne peut le faire elle-même, et ne peut la conserver plus de quelques heures, faute de quoi elle se fatigue énormément. Sa canule principale, non-parlante, est nécessaire pour boire et manger (sous forme gélifiée et pâteuse actuellement, pas de liquides ni de solides).

L’outil informatique représente pour Camille une solution à divers problèmes. Il pourrait ainsi lui servir d’aide à la communication, notamment lorsqu’elle ne dispose pas de sa canule parlante, et de moyen de contrôle de différents éléments difficiles d’accès (téléphonie, écoute de livres audio… et toute utilisation domotique en général). Il serait également un support de loisir important (musique, petits jeux) et social (accès à Internet, e-mails), les sources de distraction et de communication étant bien trop rares lorsque l’on est pensionnaire à plein temps en centre de rééducation.

Logiciel The Grid 2

Mais vous l’avez compris, cet accès est compliqué par les handicaps de Camille et les solutions proposées ne sont, pour le moins, pas adaptées. Au sein d’une société ultra-connectée où le gadget informatique est devenu un outil du quotidien, où les smartphones et autres iPad sont devenus des produits de grande consommation, j’ai rapidement été sidéré de voir que les solutions à destination des personnes handicapées étaient paradoxalement très peu développées — obsolètes, compliquées, chères, propriétaires, fermées… L’informatique par tous et pour tous reste une belle notion.

Ce blog sera pour moi l’occasion de relater mon expérience pour rendre l’informatique plus facilement accessible auprès de Camille, mais aussi de partager de façon générale mes impressions et mon ressenti sur le monde de l’informatique et son accès par les personnes atteintes de handicap. À grands renforts de coups de gueule lorsque je l’estimerai nécessaire.

En 2012, il me paraît encore anormal que l’ordinateur puisse être à ce point exclu de la vie de tant de personnes et que pour toute réponse aux questions concernant l’outil informatique, les médecins se contentent d’un hochement des épaules et d’un "Si on peut" résigné. J’espère ne pas être le seul. Je vous souhaite donc bonne lecture…


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